ZHANG YIMOU

ZHANG YIMOU

Réalisateur, Comédien & Metteur En Scène, Chine

Présentation

Né en 1950 à Xi’an dans la province du Shaanxi (Chine), Zhang Yimou est lycéen lorsque la révolution culturelle éclate en 1966. Contraint d’arrêter ses études, il est envoyé à la campagne en 1968 afin d’y travailler, d’abord à la ferme puis dans une filature. En 1978, il passe brillamment l’examen national d’entrée à l’Académie du Cinéma de Pékin où il obtient son diplôme de chef opérateur en

  1. Il fait ainsi partie, quelques années plus tard, des cinéastes dits “de la Cinquième Génération”, ceux qui ont été les premiers à obtenir un diplôme après la Révolution culturelle. D’abord engagé au Guangxi Film Studio, Zhang Yimou entre trois ans plus tard au Xian Film Studio – alors dirigé par le réalisateur Wu Tianming – au sein duquel il travaille comme directeur de la photographie sur les longs métrages One and Eight de Zhang Junchao (1982), Old Well de Wu Tianming (1986) ainsi que Terre jaune (1984) et La Grande Parade (1986), tous deux réalisés par Chen Kaige.

Zhang Yimou est également un acteur accompli. En 1986, il remporte le Prix d’Interprétation au Festival de Tokyo pour son rôle dans Old Well. Il est de nouveau sur les écrans un an plus tard dans Le Sorgho rouge, qui marque ses débuts de réalisateur et dans lequel la comédienne Gong Li tient son premier rôle principal. Le film obtient l’Ours d’or au Festival de Berlin en 1988 et apporte au cinéaste une reconnaissance internationale.

Les films suivants de Zhang Yimou sont également couverts de récompenses : Ju Dou est le premier film chinois à être nommé à l’Oscar du Meilleur Film étranger en 1990 ; Épouses et concubines remporte le Lion d’argent au Festival de Venise en 1991 ainsi qu’une nomination à l’Oscar du Meilleur Film étranger ; Qiu Ju, une femme chinoise, dont le rôle principal est tenu par Gong Li, remporte le Lion d’or au Festival de Venise en 1992 ; Vivre ! obtient le Grand Prix du Jury au Festival de Cannes en 1994, et Shanghai Triad est sélectionné en Compétition au Festival de Cannes l’année suivante. Pas un de moins remporte le Lion d’or au Festival de Venise en 1999, puis The Road Home, l’Ours d’argent et le Prix du Jury au Festival de Berlin en 2000. Trois ans plus tard, Zhang Yimou connaît un nouveau succès international avec Hero, cette fois en tant que réalisateur, coscénariste et producteur. Le film lui vaut sa troisième nomination à l’Oscar du Meilleur Film étranger et le Prix Alfred Bauer au Festival de Berlin. Interprété par Jet Li, Tony Leung Chiu Wai, Maggie Cheung et Zhang Ziyi, Hero fait sensation lors des 22e Hong Kong Film Awards en remportant les Prix de la Meilleure Chorégraphie d’action, de la Meilleure Direction artistique, de la Meilleure Photographie, des Meilleurs Costumes, de la Meilleure Musique, du Meilleur Son et des Meilleurs Effets visuels.

En 2004, Zhang Yimou coécrit, produit et réalise Le Secret des poignards volants qui rencontre également un succès international et reçoit une nomination au BAFTA Award et au Golden Globe du Meilleur Film étranger. Le cinéaste réalise ensuite un film plus intimiste Riding Alone : Pour un fils (2005) puis La Cité interdite (2006), dans lequel il retrouve Gong Li et renoue avec la grande fresque historique.

Il décide alors de s’orienter vers d’autres formes d’expression artistique en dirigeant Placido Domingo au Metropolitan Opera de New York, en décembre 2006, dans la première mondiale de l’opéra original de Tan Dun, The First Emperor. Il est ensuite nommé metteur en scène des cérémonies d’Ouverture et de Clôture des XXIXe Jeux Olympiques à Pékin en 2008. Il signe l’année suivante A Woman, a Gun and a Noodle Shop, un remake de Sang pour sang, le premier

film des frères Coen réalisé en 1984, puis le drame romantique Under the Hawthorne Tree (2010).

The Flowers of War, avec Christian Bale dans le rôle d’un homme qui se retrouve malgré lui à protéger les jeunes orphelines d’un couvent lors de la bataille de Nankin en 1937, est son 18e long métrage.

HOMMAGE | TRIBUTE

On doit à Zhang Yimou d’avoir été le premier cinéaste chinois de l’ère communiste à avoir filmé une relation charnelle entre un homme et une femme non mariés : c’était en 1987, dans son premier film, Le Sorgho rouge, qui violait l’interdit de la représentation du désir, du sexe, d’une passion individuelle en racontant l’histoire d’une jeune fille mariée de force à un lépreux et commettant l’adultère avec un porteur de palanquin. On lui doit aussi d’avoir été le premier à avoir montré une simple citoyenne menant un haut fonctionnaire devant un tribunal : c’était en 1992, dans Qiu Ju, récit de la croisade d’une paysanne pour faire rendre justice à son mari brutalisé. Mais ce n’est pas uniquement pour le courage avec lequel il abordait des sujets chauds que Zhang Yimou obtint un Ours d’or à Berlin pour le premier et un Lion d’or à Venise pour le second. D’emblée, ce cinéaste phare de ce que l’on appelle “la Cinquième Génération” (celle qui sortit en 1982 de l’Académie du cinéma de Pékin ré-ouvert en 1978 après la Révolution culturelle, et qui constitue la “Nouvelle Vague chinoise”) a affiché une époustouflante maîtrise plastique (c’est comme chef opérateur qu’il obtint son diplôme), une séduisante dextérité dans le traitement métaphorique de l’histoire récente de son pays. Chez lui, la maîtrise esthétique s’allie à un sens inné du romanesque. Il est fils d’un combattant de l’armée nationaliste, neveu d’un proche de Tchang Kaï-chek réfugié à Taïwan. Il a 16 ans lorsque Mao entame la purge du parti communiste chinois de ses éléments révisionnistes et qu’il est envoyé à la campagne. C’est après trois ans d’activités agricoles et sept ans de tissage qu’il frappe à la porte de l’Académie, avec l’intention de devenir photographe. Les récompenses glanées dans les plus grands festivals de cinéma du monde vont lui valoir d’être le cinéaste chinois le plus connu en Occident : aux prix mentionnés plus haut s’ajoutent un Lion d’argent du Meilleur Réalisateur pour Épouses et concubines, un Grand Prix du Jury à Cannes pour Vivre ! en 1994, un nouveau Lion d’or à Venise en 1999 pour Pas un de moins, un Ours d’argent à Berlin en 2000 pour The Road Home. De son côté, Gong Li, celle qu’il a lancée et qui fut l’interprète principale de nombre de ses fi lms, est devenue l’un des symboles de la sensualité asiatique. Son décolleté dans La Cité interdite qu’elle tourne avec lui plus de dix ans après leur dernière collaboration,

Shanghai Triad, provoquera des polémiques dans leur pays natal.

La carrière de Zhang Yimou n’est pas sans tracas. On se doute que, bien que situées dans les années 1920, Ju Dou (1990), nouvelle évocation de la passion adultère et fatale de l’épouse d’un sadique impuissant, ou Épouses et concubines (1991), récit de la soumission conjugale ritualisée d’une étudiante devenue la quatrième épouse d’un riche quinquagénaire, irritent les censeurs qui comprennent comme tout le monde la comparaison entre les époux tyranniques et les hauts cadres du Parti. Critiqué pour son sens jugé excessif de la belle image, Zhang Yimou signe des films plus réalistes (Qiu Ju, Vivre ! et Pas un de moins). Surveillé par le régime, il s’essaye aux films de sabre (Hero, en 2002, lui vaut un beau succès aux États-Unis). Son statut devient inconfortable : l’Occident l’accuse à la fois de troquer son image de cinéaste sulfureux contre celle d’un cinéaste officiel, courtisan du régime, et de se complaire dans un cinéma décoratif ; ses compatriotes lui reprochent de flatter le goût de l’exotisme orientaliste des Occidentaux au détriment d’une peinture contemporaine des moeurs de son pays.

Comment répondre, sinon par le talent ? Président du Jury de Cannes, Quentin Tarantino manifesta en 2004 son dépit que Le Secret des poignards volants ne soit pas présenté en Compétition : il l’eut volontiers inscrit au palmarès. Les références politiques et les connotations contemporaines de cette “fantaisie historique” située en l’an 859 sont trop cryptées pour que l’on en goûte le suc si loin de Shanghai ou de Pékin, mais cette guerre des gangs offre un spectacle éblouissant. Zhang Yimou y démontre sa dextérité à raconter une histoire en tirant un maximum de sensualité des mouvements corporels de ses combattants bondissant, en utilisant avec magie sa symbolique des couleurs, en stylisant ses ballets de trahisons, jeux de dupes, maelströms de travestissements. En témoignent ces scènes de bravoure : l’extravagante danse de séduction de Zhang Ziyi qui dessine d’improbables arabesques avec des spirales de soie, exhibition rythmée par le choc de ses voiles contre la peau tendue des instruments de musique sur lesquels rebondit également une rafale de haricots lancés par un magicien des échos ; ou la bataille dans une forêt de bambous géants où voltigent armes tranchantes, mercenaires, fugitifs encerclés et policiers crapahutant dans les nuées avec la dextérité des singes.

Splendeur visuelle aussi que La Cité interdite (2006) qui nous plonge au Xe siècle dans l’une des pages flamboyantes de l’histoire de la dynastie des Tang. La couleur or domine dans cette débauche de lumières et de scintillements, ces rutilantes robes de phénix, ces corridors aux murs de pierres translucides, ces rouges, ces joailleries, ces sucreries. Zhang Yimou est un amoureux éperdu des formes, l’orchestrateur hors pair d’un cliquetis de rideau de perles ou d’une rafale de flèches. Mais à voir cette débauche de dorures byzantines, la barbiche en pointe de l’empereur, l’impératrice rongée par un poison mortel, les princes féminisés, on pense aussi à Ivan le Terrible. Ce clin d’oeil à la manière dont Eisenstein s’exprima sur la politique de son temps, ce Staline aux yeux bridés, cette allusion à l’usage de la ciguë, ce massacre de fringants idéalistes sur une place vaste comme celle de Tiananmen, suggèrent que Zhang Yimou n’est peut-être pas le cinéaste orthodoxe que certains veulent voir en lui.

Jean-Luc Douin, critique de cinéma

 

 

Filmographie sélective

Réalisateur

1987 - RED SORGHUM (Le Sorgho rouge)
1988 - CODENAME COUGAR (Opération Jaguar)
1990 - JU DOU
1991 - RAISE THE RED LANTERN (Épouses et concubines)
1992 - THE STORY OF QIU JU (Qiu Ju, une femme chinoise)
1994 - TO LIVE (Vivre !)
1995 - SHANGHAI TRIAD
1997 - KEEP COOL
1999 - NOT ONE LESS (Pas un de moins)
THE ROAD HOME
2000 - HAPPY TIMES
2002 - HERO
2004 - HOUSE OF FLYING DAGGERS (Le Secret des poignards volants)
2005 - RIDING ALONE FOR THOUSANDS OF MILES (Riding Alone : Pour un fils)
2006 - CURSE OF THE GOLDEN FLOWER (La Cité interdite)
2009 - A SIMPLE NOODLE STORY (A Woman, a Gun and a Noodle Shop)
2010 - UNDER THE HAWTHORNE TREE
2012 - THE FLOWERS OF WAR