ÁLEX DE LA IGLESIA

ÁLEX DE LA IGLESIA

Réalisateur, scénariste & producteur , Espagne

Présentation

“Comment je suis devenu réalisateur ? Ça vient d’un sentiment qui, je dois l’avouer, est assez vil : la jalousie. Lorsque j’étais jeune, faire du cinéma me semblait a priori être un rêve tout à fait impossible et désespérément hors d’atteinte. C’était comme devenir astronaute. Je m’imaginais que seuls les dieux étaient capables d’y parvenir. […] Voilà pourquoi ce genre de cinéma [le genre fantastique] m’a toujours fasciné. Parce qu’il ne reflète pas le réel tel que nous le connaissons. Il le transforme et nous donne la possibilité de générer d’autres univers. [Pour Les Sorcières de Zugarramurdi] pour des raisons budgétaires, nous avons recouru aux effets numériques afin de lui donner vie, mais j’ai essayé de retrouver le sentiment des vieux films fantastiques que j’adore où les monstres étaient animés image par image. Aujourd’hui, vous avez des créatures en image de synthèse qui se déplacent très rapidement, avec un dynamisme souvent excessif. […] Or j’adore les monstres à l’ancienne qui (marchent lentement en faisant ressentir tout leur poids à chacun de leurs pas […]. Cette séquence était conçue comme une sorte d’hommage au cinéma fantastique de cette période. Nous avons réalisé des tests en utilisant la technique de la motion capture, mais le résultat ne me satisfaisait pas.

C’était trop fluide, trop rapide. Je ne retrouvais pas l’effet truqué que j’aimais dans les films de monstres d’antan. Nous avons donc opté pour du travail d’animation pur. Et même si la technologie employée est numérique, la manière dont le monstre agit s’approche des grands monstres des films de ma jeunesse.”

('L’Écran fantastique', janvier 2014)

 

 

“Dans un plan, quand on commence à comprendre ou à tout voir, je coupe. […] Ça donne un vrai effet d’anxiété, qui m’intéresse beaucoup. […] C’est ce qui m’amuse. Avant j’essayais de tourner de beaux plans, de m’attarder dessus. Maintenant, ça ne m’intéresse plus vraiment. Quand un plan est fait, on passe à autre chose. […] Quand on tourne une scène de poursuite, on demande généralement aux acteurs de ne pas courir trop vite, pour pouvoir les suivre pendant suffisamment longtemps. […] Sur Mort de rire, j’ai cassé une caméra. À un moment donné, les personnages doivent tomber sur des rochers. On m’avait dit : ‘Ne mets pas la caméra là, elle va se briser.’ J’ai répondu : ‘Non, non, non ! Tout ira bien ! Et si elle se casse, je la paye !’ Elle s’est cassée, et j’ai perdu la moitié de mon salaire… [Pour 800 Balles] ce qui fonctionne le mieux avec les enfants, c’est de ne pas leur raconter ce qu’ils vont faire. Si on leur parle en détail, ça crée une tension et on perd la spontanéité. On doit les mettre dans la situation au moment où ça va se faire. […] Ce qu’il faut arriver à faire au cinéma, c’est générer son propre monde. […] Il ne faut pas essayer de faire passer Paris ou Madrid pour New York. Ça ne rendra pas le film plus international, ça ne marchera pas.

[Tourner un film en Amérique] c’est un autre exercice. J’ai été obligé de me débarrasser d’une partie de moi. […] J’ai dû me remettre en question et aborder les choses d’une autre manière. J’ai essayé d’intégrer des choses personnelles, parfois en filigrane, avec des jeux de mots, des sous-entendus. […] C’est vrai que j’ai tendance à faire des films qui finissent dans les hauteurs. […] Symboliquement, ces films en hauteur me rendent dingue. J’ai l’impression que, parce que les personnages sont en hauteur, ils ne peuvent dire que la vérité. Et ensuite, quand ils tombent, ça les purifie. Je trouve ça magnifique. […] J’ai fait ça une fois, les gens ont aimé. Deux fois, on a dit que je me copiais moi-même. Trois fois, on a dit que ça faisait partie de mon style. Et vu que je continue encore aujourd’hui, je ne sais même plus où j’en suis !”

('Mad Movies', décembre 2013)

 

Filmographie sélective

1991 MIRINDAS ASESINAS – court métrage *
1993 A CTION MUTANTE (Acción mutante) *
1995 THE DAY OF THE BEAST (Le Jour de la bête – El Día de la bestia) *
1997 DA NCE WITH THE DEVIL (Perdita Durango) *
1999 DY ING OF LAUGHTER (Mort de rire – Muertos de risa) *
2000 COMMON WEALTH (Mes chers voisins – La Comunidad) *
2002 800 BULLETS (800 Balles – 800 Balas) */**
2004 FERPECT CRIME (Le Crime farpait – Crimen ferpecto) */**
2006 FILMS TO KEEP YOU AWAKE: THE BABY’S ROOM (La Chambre du fils – Películas para no dormir: La Habitación del niño) – TV *
EL CÓDIGO – court métrage
HITLER LIVES! (Hitler está vivo) – court métrage *
2008 THE OXFORD MURDERS (Crimes à Oxford) */**
2008-2009 PLUTÓN B.R.B. NERO – TV *
2010 THE LAST CIRCUS (Balada triste – Balada triste de trompeta) *
2011 A S LUCK WOULD HAVE IT (Un jour de chance – La Chispa de la vida) *
2013 WITCHING & BITCHING (Les Sorcières de Zugarramurdi – Las Brujas de Zugarramurdi) *
2014 MESSI – doc
WORDS WITH GODS – segment THE CONFESSION

* également scénariste
** également producteur

 

 

La Masterclass d’Álex de La Iglesia est animée par Jean-Pierre Lavoignat, journaliste, écrivain de cinéma et cinéphile passionné.