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Interview avec Shinya Tsukamoto

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“Je ne peux plus m’arrêter de filmer ”

Le cinéaste japonais, qui a reçu hier l’hommage du Festival de Marrakech pour sa carrière, provoque à chacun de ses films l’admiration (plusieurs de ses œuvres sont désormais culte) ou le rejet. Rencontre.

Vous avez une longue carrière de comédien et de scénariste. Qu’estce qui vous a finalement déclenché votre passage à la réalisation ? Pourquoi filmez-vous ?

C’est une question essentielle et en même temps tellement évidente qu’il est difficile d’y répondre. Quand j’étais enfant, j’avais beaucoup d’imagination mais j’étais timide, très introverti. Un jour je me suis rendu compte que la caméra me permettait d’extérioriser les images que j’avais dans la tête, les montrer aux autres. Depuis, je ne peux plus m’arrêter de filmer.

Vous avez reçu dimanche un hommage pour votre carrière. Est-ce pour vous un encouragement à continuer de filmer ?

Le signe que vous êtes arrivé au sommet de votre art ? Ou un challenge ? Il y a encore beaucoup de films que j’ai envie de tourner. Cet hommage est donc encourageant, pour moi. Je vais aussi l’accepter comme un constat, une reconnaissance du travail accompli, tout en essayant de ne pas me reposer sur mes lauriers.

Les violences subies par vos personnages principaux les reconnectent souvent à la vie. N’est-ce pas une manière de faire l’apologie de la violence plutôt que de la dénoncer ?

C’est vrai que quand j’avais la trentaine, mon quotidien très préservé de citadin à Tokyo, à l’abri de toute forme de violence, avait une résonance sur mes films. J’avais du mal, parfois, à déterminer si ce que je vivais était réel ou bien virtuel. Pour moi les violences que j’infligeais à mes personnages étaient similaire au geste de se pincer pour savoir si on rêve ou pas. Maintenant que j’ai vieilli, que j’ai des enfants, je suis désormais plus préoccupé par l’état du monde en général. Cette inquiétude-là transparaît dans mon dernier film, Fires on The Plain.

Justement, vos films se déroulent presque tous dans un environnement urbain oppressant. Mais pas Fires on The Plain, qui montre un soldat blessé errer en pleine nature au milieu du carnage de la guerre du Pacifique. Est-ce un tournant ?

C’est vrai que jusqu’à ce film je travaillais sur le rapport entre la ville et l’être humain, enfermé, comme dans une boîte, dans un grand centre urbain. Mais je pense que je suis arrivé à un âge ou je peux m’intéresser plus facilement à ce qui peut se passer autour des villes, en dehors d’un environnement urbain. Je ne veux pas être définitif, mais je crois que c’est une charnière ou un pivot qui va m’emmener quelque part.

Vous endossez souvent plusieurs rôles sur vos films : réalisateur mais aussi acteur, scénariste, chef op… un besoin de contrôle ?

J’ai parfois du mal à communiquer avec les autres pour traduire ma vision. Je n’ai pas toujours l’aplomb et la détermination suffisants pour leur imposer mes idées. Cela étant, je vais de plus en plus vers les autres.