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Interview avec Paul Haggis

phaggis

“Un réalisateur doit savoir disparaître”

Le cinéaste canadien est le seul scénariste dont les œuvres ont été récompensées par l'Oscar du meilleur film deux années de suite : Million dollar baby et Collision, qu’il a lui-même réalisé. Ce mardi, il a donné une masterclass devant de nombreux cinéastes, étudiants, et cinéphiles. Nous l’avons rencontré lors d’une table ronde très joyeuse.

Pourquoi il fait des films ?
J’aime essayer de m’expliquer à moi-même [Rires]. Je n’ai pas encore réussi, je ne suis même pas près d’y arriver ! [Il rit encore] J’aime explorer des questions qui me déconcertent, me posent vraiment un problème, et les « cacher » dans une œuvre divertissante. Pourquoi les gens font-ils ceci ou celà ? Est-ce que je fais la même chose ? Bien sûr, on espère qu’en posant les bonnes questions, on obtiendra une réponse. Mais je ne pense pas que les films doivent apporter des réponses. D’abord parce que ce serait ennuyeux.

A propos de son mouvement de caméra préféré.

Je les aime tous. Mais je crois qu’un réalisateur ne devrait pas avoir de style. Par exemple, j’adore les grues, j’en suis fou, mais je ne dois pas les utiliser tout le temps. Pour moi, un réalisateur doit savoir disparaître. En revanche, un film doit avoir son propre style. Un style dicté par l’histoire. Dans Collision, la camera est toujours en mouvement, toujours près des personnages et de l’action. Mais Dans la vallée d’Elah, une histoire très « américaine » je voulais rappeler les films classiques américains, comme les westerns de John Ford.

Sur le Maroc…

Ce n’est pas mon premier séjour au Maroc. Il y a quelques années, je suis venu ici pour tourner Dans la vallée D’Elah. J’ai été très impressionné par la manière dont le Maroc semble avoir réussi ce que le reste du monde n’arrive pas à faire : plusieurs religions et cultures semblent coexister pacifiquement. Je suis encore plus impressionné cette fois-ci.

…Et le Festival de Marrakech

Ce festival est beau. On y est détendu, comme dans le Festival du Film d’Ischia [en Italie, ndlr] où je vais souvent. Ce n’est pas comme à Cannes, Toronto ou encore Venise, où l’on est toujours pressé et où l’on n’a pas le temps de faire de véritables rencontres. C’est ce que j’attends d’un festival, la chance de rencontrer d’autres réalisateurs, scénaristes, acteurs, pour partager des idées… et boire ensemble! [Rires]. C’est pour cela que je suis venu à Marrakech. J’apprécie de pouvoir parler à Béla Tarr et je rencontre des réalisateurs arabes intéressants. Mais l’expérience dure plus longtemps que les sept jours du Festival. On rencontre des gens, puis on regarde leurs films : on reste en contact et on échange. C’est juste un début.

Ses thèmes de prédilection : le racisme, la peur

Les Etats-Unis sont trop autocentrés. On y est seulement intéressé par les idées, les films américains. Mais quand on ne se confronte pas à d’autres idées, à d’autres points de vue, on stéréotype les autres, comme je l’ai montré dans Collision, dans lequel les personnages prennent des décisions imprudentes, en ce basant sur des idées préconçues. La peur des autres est un thème qui me tient toujours à cœur. L’année dernière j’ai réalisé une mini-série pour HBO, Show me a hero, qui raconte, en se basant sur une histoire vraie, la forte résistance d’un quartier de New York à majorité blanche contre la construction de logements sociaux, ordonnée par la justice américaine. Cela montre que la peur de l’autre, la ségrégation, le racisme sévissent encore dans le New York des années 90.