The Man Who sold the world: une manière de penser le bonheur



Sans succomber aux clichés ou à la tentation du tabou, The Man Who sold the world est une belle histoire autant qu'elle se veut une réflexion sur la notion complexe et philosophique du bonheur.


The Man Who sold the world: une manière de penser le bonheur
Projeté dimanche soir, ce film signé par Swel et Imad Noury et qui représente le Maroc à la compétition officielle de la 9è édition du Festival international du Film de Marrakech (FIFM), parle de l'histoire de X et Ney, deux trentenaires vivant dans un pays fictif sous les affres de la guerre.

X et Ney sont collègues de bureau et colocataires, mais liés d'une forte amitié, presque utopique. X, dont le travail consiste à retranscrire des livres, vit avec joie cette amitié et est comblé par l'amour que lui voue la sublime Lili.

Très utopique, X n'arrive pas à céder à un "bonheur facile" et va même plus loin en se posant la question s'il le méritait vraiment. Pauvre fonctionnaire handicapé et orphelin, il estimait que c'était peut être trop, pour lui, de vivre une telle joie, alors qu'autour la guerre sévissait partout.

Un personnage complexe, qui refuse d'être égoïste en acceptant d'être heureux dans un univers de noirceur. Tourmenté par ces questionnements, il s'acharne sur son travail avec une véritable culpabilité et une forte envie d'auto flagellation, s'estimant ingrat et incapable de donner une contre partie de l'amour et de l'affection que lui voue son entourage. C'est ainsi que du jour au lendemain X bascule dans la folie.

---LE PLAISIR DE CONTER---.

Inspiré de l'œuvre de Dostoievski "Cœur fragile", le film est une belle adaptation de l'œuvre de l'auteur russe qui porte, néanmoins, la griffe des frères Noury qui, pour leur part, n'hésitent pas d'afficher leur fierté quant à cette œuvre dont ils reconnaissent "la complexité".

Les deux jeunes cinéastes vouent beaucoup d'admiration à l'auteur russe et déclarent en toute simplicité avoir fait ce film pour "raconter une histoire", un conte porteur d'un message fort et philosophique.

Dans une déclaration à la MAP, les deux insistent que "c'est l'envie de raconter une histoire" qui les a poussé à faire ce film. Film d'auteur ou pas, tant pis, l'important pour eux reste de faire du cinéma. Ils comptent ainsi travailler sur d'autres registres à l'avenir dont "un prochain film qui sera une comédie", ont-ils annoncé.

---DES PERSONNAGES QUI DECHIRENT---.

Said Bey et Fahd Benchemsi sont les deux héros du film. Le binô me s'est facilement glissé dans la peau des personnages. Une interprétation très réussie que Said Bey ne se contente pas d'attribuer au talent, soulignant qu'il a eu un grand travail derrière.

"Avant le début du tournage on a fait un mois de répétitions sans poser de cameras, presque le temps qu'a pris le tournage", a-t-il déclaré dans un entretien à la MAP.

Aussi la complexité et l'implication que demandait le personnage, en plus du look atypique de X, ont poussé Said Bey à quitter Rabat pendant le tournage et d'installer son QG à Casablanca, loin des regards indiscrets.

Beaucoup d'efforts que l'acteur justifie par "son goût pour le défi et sa volonté de toujours placer la barre plus haute et explorer ses limites de comédien".

Néanmoins, pour cette avant première, les deux acteurs temporisent et préfèrent éviter les réactions à chaud, mais tiennent à dire d'une seule voix que le travail avec les frères Noury "a été magnifique".

---UN PUBLIC INDECIS---.

A la sortie de la salle de projection, il y'avait presque autant de réactions que de spectateurs. Dans des déclarations recueillies par la MAP, certains hésitaient à se prononcer en insistant sur le fait qu'il essayaient encore de comprendre l'histoire. Il y'en a qui ont trouvé compliqué ce film, philosophique ou encore fictif, alors que d'autres préfèrent parler d'un charme discret propre aux films d'auteurs ou même au cinéma avant-gardiste.

Mais presque tous ont tenu à reconnaître au film une excellente technicité aux cô tés de l'originalité de l'approche des deux jeunes réalisateurs. Les avis divergent certes mais comme le disait le grand Abbas Kiarostami à l'ouverture de cette manifestation, "seul le temps peut juger de la qualité d'une œuvre cinématographique".

Ali Hassan Eddehbi