Le studio Sony, producteur de "Salt", qui sort vendredi aux Etats-Unis, avait réuni quatre d'entre eux dans les couloirs du Musée de l'Espionnage à Washington, pour qu'ils partagent avec la presse leurs souvenirs d'espions et, pour certains, leur travail de consultant sur le film.
"Le terrorisme fera partie intégrante du 21e siècle, dans ce pays et ailleurs. Mais il ne faut pas se laisser submerger par la peur", déclare le républicain Tom Ridge, qui fut secrétaire du département américain de la Sécurité intérieure pendant la présidence de George W. Bush.
"J'ai toujours admiré le monde des services secrets, car de tout ce que fait un pays pour se protéger et assurer sa sécurité, c'est probablement l'une des choses les plus complexes, à l'égal d'un art ou d'une science", ajoute-t-il.
La rencontre coïncidait avec l'affaire des dix espions russes arrêtés aux Etats-Unis et échangés avec la Russie contre des espions détenus dans le pays.
Cette affaire "nous rappelle, je pense, que si l'on insiste beaucoup en public sur le terrorisme ou les conflits religieux, notre président actuel et ses successeurs ont toujours la grande reponsabilité de nous maintenir à l'abri des menaces plus traditionnelles d'autres pays", affirme M. Ridge.
Pour Oleg Kalugin, un Russe naturalisé Américain, l'opération a été magistrale. "Je n'ai pas souvenir, dans ma vie, d'avoir connu une expérience comme celle-là", assure cet ancien agent soviétique qui chapeautait les activités du KGB aux Etats-Unis avant de devenir l'un des plus virulents contempteurs des services secrets russes.
Dans les propos de ces anciens espions, affleurent immanquablement la crainte pour la sécurité nationale, une tendance paranoïaque quant à une possible attaque étrangère ou la loyauté envers une cause "nationale".
"La loyauté est très importante lorsqu'on travaille dans un monde secret", explique Melissa Boyle Mahle, ex-agente de la CIA et spécialiste du Moyen-Orient et du contre-terrorisme. Elle a été l'une des principales consultantes attachées à Angelina Jolie pour préparer son rô le d'espionne.
En tant qu'agent secret "vous devez avoir confiance en vos collègues, être sûr que vous faites partie de la même équipe. Ce qui vous unit, c'est la mission, la loyauté et le patriotisme", dit-elle le regard perpétuellement en alerte, comme si elle surveillait -- déformation profesionnelle ? -- les allées et venues dans le musée.
Tous sont également friands de films d'espionnage, des "Enchaînés" d'Hitchcock (1946) à "La Vie des autres" (2006), lauréat de l'Oscar du meilleur film étranger, et pour lequel Oleg Kalugin ne cache pas sa fascination.
Dans ce film, qui mettait en scène un agent secret d'Allemagne de l'Est devant surveiller un couple d'intellectuels, M. Kalugin voit encore une illustration de "la loyauté, la qualité première de tout être humain".
"Mais quand la dignité est mise en péril, quand on est humillié, la loyauté peut changer de visage. C'est pourquoi il faut rester honnête, décent et apporter des solutions humaines aux problèmes qui surgissent", dit-il.
Racontant leurs faits d'armes avec un brio digne de personnages hollywoodiens, les quatre "ex" redeviennent néanmoins sérieux quand il s'agit de sécurité nationale. "Le risque d'une attaque (terroriste) est permanent et réel. Et cela va durer", assure M. Ridge.